Préparer la venue d’un deuxième bébé

Le test de grossesse positif, point de départ de profondes réflexions temporelles: QUAND faire l’annonce et à qui? Mon doux et moi avons décidé de patienter quelques jours avant de l’annoncer à la famille, quelques semaines avant de le dire aux amis et quelques mois avant d’en parler sur le Web. Mais une petite personne a été mise dans le secret depuis le tout début: Fanny, qui avait alors vingt mois.

Ça peut sembler bien jeune, mais j’avais lu un texte d’une intervenante en petite enfance sur le portail Petit Monde, qui recommandait d’annoncer la nouvelle à un enfant en même temps qu’à l’entourage: «des mots doivent être apposés sur cette réalité afin de sécuriser l’enfant qui ressent la fébrilité de sa famille.» Ça me semblait plein de bon sens, la nôtre étant très sensible aux émotions de ceux qu’elle aime.

«Maman a un bébé dans son ventre», que je lui ai chuchoté un soir avant le dodo, alors qu’on jouait avec une poupée. «Non», m’a-t-elle répondu. Et c’en est resté là pendant quelques jours. Ce qui m’a laissé le temps de magasiner un livre qui m’aiderait à lui expliquer la venue de bébé (avis aux intéressés: à la succursale de Renaud-Bray sur St-Denis, ils sont regroupés sur une même étagère, ce qui permet d’en comparer plusieurs). Mon choix s’est porté sur Attendre un bébé, une bande dessinée cartonnée joliment illustrée et complète, qui raconte comment une famille annonce, prépare et accueille la venue d’un troisième bébé.

Éventuellement, elle a posé sa main sur mon ventre en me questionnant: «Bébé?» J’ai alors sorti le livre. «Non», a-t-elle encore déclaré après qu’on l’ait feuilleté ensemble. J’ai rangé le livre. Jusqu’à ce qu’elle redemande elle-même des nouvelles du bébé. Et on n’a plus rangé le livre depuis, dont elle ne se lasse pas: «Bébé – LIS!», qu’exige d’un ton péremptoire, dix fois par jour. Alors on s’installe bien collées, elle met sa main sur mon ventre et on lit l’histoire du bébé.

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«Amouuuur» ou «aime bébé», répète-t-elle souvent à mon nombril. Hier, elle est allée jusqu’à me coller des petits coeurs sur le bedon en lui faisant de gros câlins… Quand je mange, elle s’enquiert toujours de savoir si bébé aime aussi le repas (elle a vu dans son livre qu’il goûte à tout ce que je mange). Quand on est dehors, elle me signale que le bébé est content de respirer le bon air (encore le livre!)

Quand même, j’ai l’impression que le concept reste pour elle relativement abstrait, même après qu’elle eut entendu le coeur chez le docteur, même après l’échographie de la 20ième semaine, où elle était présente (comme l’échographie de la 12ième semaine nous avait rassurés sur l’état de santé du foetus, nous avons osé l’amener avec nous), même après avoir rencontré le bébé naissant d’amis à nous. Elle attend l’arrivée de bébé un peu comme elle a attendu que le père Noël lui apporte la poupée de ses rêves, dont elle regardait l’image chaque jour.

Mais parfois, je vois que ça va plus loin, qu’elle réfléchit à la place que prendra le bébé dans la famille. Et les grandes déclarations d’amouuuuur font alors place à quelques larmes d’inquiétude ou d’anxiété. C’est un déluge qu’il a fallu endiguer lorsqu’on a emprunté l’album Tid’lidop! de Shilvi à la bibliothèque et que la chanson Mon bébé soeur a commencé à jouer:

Mon bébé soeur
Est arrivé à la maison tout à l’heure
Avec ses petits doigts
Plus petits qu’un p’tit pois
Dans sa petite chambre
Et je me suis sentie soudain si grande

Mon bébé soeur
A besoin d’attention et des fois j’ai peur
Que mes parents
Ils ne m’aiment plus comme avant
Quand j’étais toute seule
Mais il paraît que c’est souvent comme ça quand…

Un bébé soeur
Arrive dans votre vie, ça remue le coeur
On se sent oublié
On voudrait rapetisser, manger de la purée
Et se refaire bercer comme avant

Maman me dit que je resterai son bébé
Papa me dit qu’il m’aimera toujours
Que tout cet amour, il s’est multiplié
Pour qu’il y en ait un peu plus chaque jour

Et mon bébé soeur
Elle a besoin de moi pour sécher ses pleurs
Pour jouer avec elle
Et être son modèle
Ma petite coccinelle
Elle sera mon porte-bonheur
Et moi, la meilleure grande soeur

J’avoue que tout en la réconfortant de mon mieux, j’essuyais moi aussi des larmes en cachette. Car autant j’ai hâte qu’on forme une belle famille de quatre, autant je me questionne sur la manière dont je vais arriver à prendre le temps de bien accueillir ma deuxième, sans que ma grande se sente délaissée. À donner du temps à l’une sans l’enlever à l’autre, quoi.

J’aimerais donc ça être comme le papa, qui nous regardait avec un air interloqué alors qu’on inondait le plancher:
- Qu’est-ce qui se passe?
- Ben… la chanson…
- Ah! Je n’écoutais pas les paroles. Qu’est-ce que ça raconte?

Si vous voulez entendre la chanson Mon bébé soeur, préparez la boîte de mouchoirs et allez sur Poste d’écoute.

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37 commentaires pour “Préparer la venue d’un deuxième bébé”

  1. C’est trop mignon!!! Le seul souvenir que j’ai de l’arrivée de mon petit frère est que je voulais lui donner toutes mes peluches….bon finalement je n’ai pas été au bout ;) en tout cas je vous souhaite beaucoup de bonheur!!

  2. Ne te fais surtout aucun souci pour l’arrivée du 2ème bb: je sais qu’il est difficile de ne pas se poser la question tant notre attention est toute entière portée sur le 1er, mais à la naissance tout devient naturel, les choses se mettent en place presque toutes seules.. tu peux me faire confiance, nous avons accueilli le 5ème bb il y a 5 mois 1/2!

  3. Oh oui, quand on arrive à « maman me dit que je resterai son bébé », c’est automatique, à chaque fois, les larmes repartent (les hormones de grossesse doivent y être pour quelque chose…).

  4. Mes fils ont respectivement 3 ans et 20 mois. J’écoute toujours « Mon Bébé soeur » avec cette même émotion. Et Avital a raison, tout va se mettre en place…

  5. Mes fils ont respectivement 3 ans et 20 mois. J’écoute toujours « Mon bébé soeur » avec autant d’émotion et sans hormones de grossesse. Et Avital a bien raison, tout se mettra en place naturellement…

  6. Je ne connaissais pas cette chanson. La lire, c’est quelque chose, l’écouter, c’est encore autre chose : j’en ai les larmes aux yeux… Comme de lire ton post… Merci pour ces bribes de vie partagées.

  7. oh là là… Pas de grossesse en vue et une petite de 5 mois à la maison, mais déjà ça me fait pleurer. Je comprends tes doutes et ton émotion. Reste que tu t’en sors très bien pour raconter tout cela à Fanny. Pleurer ensemble est sans doute une bonne idée : elle saura qu’elle n’est pas la seule à avoir aimé cet irremplaçable cocon à trois, que seuls les aînés connaissent.
    Très bonne fin de grossesse à toi,

  8. Holala, comme je me reconnais dans ce billet… je suis enceinte de 5 mois 1/2 et les mêmes sentiments m’envahissent… Je pensais qu’une 2ème grossesse, ce serait plus la « routine »… Hé bien, non, ce sont de nouvelles émotions et questionnements qu’elle apporte…
    Tu attends une petite fille ?? J’ai du louper un épisode ;)

  9. Comme tu le sais, nous sommes en plein dans la période d’adptation d’un nouveau bébé dans la famille. Pour les 3 grands, c’est de la routine, c’est presque « normal » d’avoir une nouvelle soeur, mais pour la dernière qui n’avait que 14 mois à son arrivé le mois dernier, c’est autre chose. Elle perd son statut de bébé, on essait de ne pas lui enlever de l’attention tout en ayant un nouveau-né et on essait également de répondre à ces besoins tout aussi vite qu’auparavent. L’adaptation a durée environ 2 semaines, maintenant ça se passe très très bien. Petite puce commence à apprécier son rôle de grande soeur et se sent des responsabilités. Bref, tout ça pour dire que la vie est bien faite et que bien préparée, les enfants aiment tout autant que nous la nouvelle personne qui se joint à la famille. Et devenir une grande soeur, c’est en soi un très beau cadeau de la vie.

  10. Je pense que c’est LE questionnement, quand on est enceinte du deuxième ou du troisième… Comment l’apprendre au plus vieux et comment va-t-il réagir? Quand mon troisième enfant naîtra, ma deuxième aura 22 mois. On lui en a parlé, mais de là à savoir ce qu’elle a compris… En plus, elle est encore allaitée, alors elle devra partager le sein avec sa petite soeur! En tout cas, on a hâte de voir la binette de notre fille et de voir comment l’adaptation se fera!

  11. Martine, je me dis que p’être un mois à l’avance commencer à lui expliquer que papa va s’occuper un peu plus d’elle, pas parce que tu l’aime moins, mais parce que maman va nourrir bébé et que papa, lui, il ne peut pas. Mais qu’elle pourra quand même être avec toi quand tu le feras (si bien sûr tu le veux). Et demander à papa de commencer à faire plus les soins que maman a l’habitude, comme ça le changement se fera progressivement. Bien, je crois que c’est une bonne idée, à toi de voir! Et je suis bien contente pour votre petite famille!

  12. Connaissant ta douce demoiselle…elle sera très vite détournée de son sentiment de perdre sa place pour se concentrer sur le fait qu’elle est grande et peut t’aider.

  13. Ah, je me posais les mêmes questions : certes je sentais bien que mon coeur de maman était extensible, tout comme mon ventre, mais quid de mon emploi du temps (je parle du temps passé avec chaque enfant) ? Finalement, tout se met en place tout seul, et puis on y arrive, comme ça, presque sans même y réfléchir :)
    Les petits coeurs, c’est adorable !

  14. Je lis ton blogue réguilèrement, mais je n’écris pratiquement jamais…
    Quand j’ai eu mon 3e bébé, mon garçon de 3 ans s’installait à mes côtés quand je l’allaitais. Ma mère lui avait offert une petite poupée, qu’il « allaitait » lui aussi en même temps… Peut-être même changeait-il la couche de son bébé (je ne me souviens plus, mais ce serait bien possible!). En faisant participer mon aîné aux soins donnés au 2e, puis les deux aux soins de la dernière, je n’ai pas eu de phase de jalousie entre mes enfants. Tout a été si naturel, si plein de respect et de tendresse!
    Je te souhaite la même chose, et tu sembles si bien t’enligner pour ça!

  15. Comme tu sais partager tous ces précieux moments de vie ! Je te souhaite une magnifique aventure avec tes 2 petits coeurs !
    :o )

  16. Bonjour !

    Je suis l’aînée de deux filles, et mes parents ont comme toi tout fait pour que je ne me sente pas délaissée. Mais, 22 ans plus tard, tout ce dont je me souviens, c’est de la première visite à l’hôpital. Je vois un grand lit de bébé avec des vitres fumées (après demande à mes parents, il semble que mon souvenir soit exact). Il avait fallu me hisser pour voir ma petite soeur. Dans cette atmosphère d’amour, je me souviens m’être dit que j’allais l’aimer, cette petite soeur.

    Tout ce qui s’est passé dans notre enfance ne me revient pas aussi bien. Mais l’important, c’est qu’une complicité incroyable est née entre elle et moi, malgré les innombrables disputes. En fait, je ne me suis jamais sentie délaissée parce que je comprenais que ma soeur avait des besoins que je n’avais pas, mais que ça ne diminuait par d’autant l’amour que mes parents me portaient. L’essentiel, c’est de ne pas douter de ça !

    Félicitations pour cette deuxième enfant à venir !!

    Loora

  17. Aaaah, merci! Je me sens moins seule avec mes incertitudes grâce à celles qui sont dans le même processus, et les commentaires de celles qui sont passées par là me rassurent énormément.

    Mautadine que je suis bien entourée, que je n’arrête pas de répéter à mon doux au fur et à mesure que je lis vos commentaires :-D

  18. Martine,

    Moi ce que je trouve heureux avec ce genre de chronique comme celle-ci, c’est que le temps que tu investis à nous fournir des idées de recettes, jardinage et tutti quanti, eh bien, ça finit par te rapporter:) Tes lectrices se sont ruées sur le clavier pour te rassurer avec leurs propres expériences.

    Je n’ai pas d’enfants mais je peux te dire que ma belle-soeur en a deux et le plus vieux, tu lui enlèverais pas SON bébé. Le bébé est à lui! Il lui prodigue amour et calins malgré les petites chicanes sur les jouets;) Mais ça, c’est la relation fraternelle hein?

  19. Très touchant. Je n’ai pas encore écouté la chanson et je suis déjà très émue. La photo est très jolie.

  20. Bien sûr, qu’elle sera jalouse! Bien sûr qu’elle se sentira un peu abandonnée et qu’elle aura l’impression d’avoir perdu quelque chose! C’est le contraire qui serait étonnant! Parce qu’elle a réellement perdu quelque chose: l’exclusivité, le fait d’être au centre de vos vies, etc. Et ces petits malheurs (qui lui paraîtront immenses)la feront grandir un peu.

    Et puis, les mois et les années passeront, elle s’amusera bien avec sa petite soeur et elles ne pourront plus se passer l’une de l’autre.

    La jalousie entre frères et soeurs est normale et saine. Les inquiétudes d’une mère aimante aussi. Bon courage, Martine.

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