Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image

Banlieusardises

Remonter

Haut

15 commentaires

Cultiver sa folie, ça n’a pas de prix (ou la tomate à 64$)

Cultiver sa folie, ça n’a pas de prix (ou la tomate à 64$)
Martine Gingras

Ça me fait sourire quand on vante les mérites d’avoir son propre potager en avançant l’argument économique… Doux pour le budget, cultiver ses propres tomates? Oh, bien sûr, quand on regarde le prix d’un petit sachet rempli de semences, ou mieux encore, quand c’est la voisine qui nous en offre, on se dit qu’on va bien épargner sur l’épicerie, on s’imagine cannant allègrement des conserves pour tout l’hiver…

Il faudra toutefois prévoir quelques menues dépenses dans le détour: la construction du potager, l’installation d’un coin semis (avec néons et tutti quanti), le coût des outils, le compost de crevettes, les livres de jardinage, les nouvelles semences (même si on a tout ce qu’il faut, on ne résistera pas), le détecteur anti-marmotte, le système d’irrigation (un arrosage régulier est essentiel pour de belles tomates)… Et puis n’oublions pas qu’on est au Québec: ici, à moins de cultiver en serre, on commence à avoir des tomates vers la mi-août, et à la fin septembre, ça tire déjà à sa fin… on va donc quand même en acheter au marché tout l’été, des tomates! Et autant vous le dire tout de suite: les conserves, oubliez ça. Ou plutôt, prévoyez ACHETER des tomates destinées aux conserves. Car les vôtres, vous en serez si fier que vous les distribuerez à la ronde pendant qu’elles sont belles, fraîches, goûteuses.

Vous pensez que j’exagère? Je vous invite à lire The 64$ tomato: How One Man Nearly Lost His Sanity, Spent a Fortune, and Endured an Existential Crisis in the Quest for the Perfect Garden , une trouvaille de la copine Martine Pagé il y a quelques années, qui trône fièrement dans ma bibliothèque personnelle depuis. Avec beaucoup d’humour, l’auteur raconte — chiffres à l’appui — comment il a englouti une petite fortune dans son potager, avec pour résultat que tout bien compté, chacune de ses belles tomates lui a coûté très exactement 64$. Je n’ai pas sorti la calculette, mais je ne dois pas être très loin du compte moi non plus!

Suis-je en train de déclarer que cultiver des tomates ne vaut pas la peine? Pas du tout! Je suis la première à encourager tout le monde et son voisin à se lancer dans l’aventure. Mais il faut le faire en connaissance de cause, pas en espérant faire fructifier son RÉER en sauvant sur le coût du panier bio…

Il y a plein de bonnes, de folles, de délicieuses et de contagieuses raisons de cultiver ses tomates…Chacune vaut son pesant d’or, mais aucune ne vous rendra riche. En voici quelques unes qui me viennent en tête spontanément:

1. Pour le plaisir d’explorer des variétés rares ou oubliées. En cultivant des tomates du patrimoine, on mord dans la même tomate que grand-maman.

2. Parce qu’on est curieux de découvrir des variétés exotiques! Une tomate venue de Chine, vous avez déjà goûté? J’en ai une cette année: la violet jasper. J’en ai d’autres qui sont des variétés du patrimoine russe, des Andes, et d’un peu partout.

3. Parce qu’il y a des passionnés qui travaillent à «inventer» de nouvelles variétés et qui nous font parfois de belles surprises… La verte zébrée, vous connaissez? Favorite des grands chefs, on la classe souvent, à tord, parmi les tomates du patrimoine, mais c’est en fait une variété développée dans les années 1980. Cette année, j’accueille une première tomate bleue, bourrée d’antioxydants.

4. Pour croquer dans une tomate fraîchement cueillie, à volonté, au moins un mois par année.

5. Pour avoir l’assurance de retrouver notre favorite d’année en année. Car même si les maraîchers offrent maintenant les variétés patrimoniales au marché public, comment être absolument certaine qu’ils auront bien mes préférées, comme la verte zébrée, la pêche jaune et la petit moineau?

6. Pour avoir des tomates qui répondent à différents besoins culinaires: on les veut goûteuses à peau tendre pour les manger fraîches, charnues pour farcir et gratiner, miniatures pour les bouchées, de type «roma» pour les conserves…

7. Pour impressionner les voisins. Non, mais j’suis une banlieusarde, quand même! Je n’ai pas de piscine, pas de gros garage… ma vingtaine de variétés de folles tomates, c’est mon côté « voisine gonflable » à moi.

8. Pour gâter son monde. En début de saison, j’adore offrir des plants de tomates rares. En fin de saison, je distribue des paniers bien garnis… ce sont des cadeaux éphémères, mais je sais que ceux qui les reçoivent s’en rappelleront longtemps!

9. Pour faire manger des légumes aux enfants! Bon, d’accord, disons un fruit: peu importe, ce qui compte, c’est que le nombre de portions de fruits et légumes englouties en une journée augmente de façon draconienne avec un potager bien garni. Et ce, dès le saut du lit: j’en ai une qui débarque parfois au potager en pantoufles pour croques quelques « petit moineau » avant le petit déjeuner!

10. Parce qu’on est plus zen. Les deux mains dans la terre, la tête dans les nuages, on est tellement loin des tracas du quotidien!

Avez-vous d’autres bonnes raisons pour cultiver les tomates? Bien sûr, si vous avez aussi trouver une façon de vous enrichir, n’hésitez pas à m’éclairer sur la technique! ;-)

Commentaires

  1. Daniel

    Pour montrer aux enfants que les tomates et autres fruits et légumes, ça ne pousse pas dans une épicerie!

  2. isabelle

    Parce que c’est beau de voir pousser au fil des semaines, ce qu’on a planté avec nos petites mains, et de regarder faire la nature, (avec un coup de main de notre part, certes), ça grandi et c’est un peu grace à nous….j’ai le nez dedans tous les jours!!!

  3. Bon conseil pour les conserves ;)

    Ceux que je connais qui réussissent à en mettre en conserve, ils ont très grand de potager!

    PS: ma cousine ma donnée de la black paste cette année. J’en ai déshydratée et j’en ai aussi mis dans ma 1ere batch de sauce à spagh de la saison… mais ma cousine, elle a 10000pc de potager!

  4. Ici, nous avons établi le jardin cette année… Bois, quicaillerie, terre, compost, sans compter des litres et des litres de sueur et d’huile de coude et de nombreuses heures de travail ont été investies dans le projet. Nous avons donc décidé que la toute première récolte, c’est-à-dire une framboise, valait environ 600$. On l’a dégusté un peu gênés, celle-là… Mais au moins, depuis, on ne freake plus avec la valeur de toutes les tomates, courgettes, herbes, concombres, pois et haricots qu’on déguste encore et encore avec bonheur :-)

    Et outre les tomates, tellement de légumes sont infiniment meilleurs fraîchement cueillis. Je suis encore estomaquée par mon premier povron orange Doe Hill maison; hors saison, on trouve des fruits moins sucrés que ça dans les supermarchés! Tsé!

    Puis tant d’autres hobbies sont encore plus coûteux et ne rapportent rien (je pense entre autre aux jeux vidéo). Alors que mon temps et mon argent, au moins, diminuent un peu ma facture d’épicerie! Pas pire pour un hobby! :-)

  5. À vous lire, je me sens moins coupable de manger les belles tomates que ma maman m’offre: je la rends fière et zen… et j’y gagne sur l’économie!;)

    Sans blague, c’est vrai que les cadeaux que vous faites de vos beaux légumes font mon délice. Merci à toutes mes copines (et maman) « potagiste ».

  6. anouk

    Les potagers, c’est ben l’fun quand tu fais ça pour le plaisir ou pour explorer, en autant que tu n’essaye pas d’être en compétition contre une « bizness ». Pour ma part, cöté « fun », je préfère les fines herbes; ça prend moins de place, et surtout, c’est moins décevant quand ça marche pas.

  7. C’est vrai que c’est une folie! Moi je m’obstine dans mon jardin pas trop ensoleillé à faire pousser une dizaine de plants de tomates, qui m’en donnent chacun trois-quatre à la fin de la saison, alors que je pourrais planter tout plein d’autres trucs mieux adaptés! Mais il me faut bien un coin tomates…. sinon, ce n’est pas vraiment un potager, n’est-ce pas? ;)
    Je crois bien que je vais aller lire ce livre, pour tenter de me raisonner!

  8. Les tomates sur le balcon c’est moins cher :) (plants, terreau, pots, angrais, c’est tout.) Et je le fais seulement pour le plaisir de pouvoir dire que j’ai fait quelque chose de mes mains! J’adore faire le tour de « mon jardin » tous les matins et tous les soir, j’adore l’odeur de mes mains après m’être occupée de mes plants de tomates, j’adore regarder mûrir les tomates une à une. Et manger une salade dans laquelle il y a une de MES tomates me donne tellement de plaisir!

  9. Je seconde Daniel. Et puis, ca remet un petit peu les choses en perspective, de le faire pousser dans son jardin ; on comprend mieux les problemes du fermier qui gagne sa vie d’un casseau de tomate a 2$.

    J’ai pour la premiere fois un pechier dans mon jardin et j’ai récolté en tout 10 peches… Elles ne sont pas aussi bonnes que celles du marché quoi qu’elles goutent vraiment la bonne peche! La peau est plus rude et elles sont plus petites. Mais elles sont sur ma table a cause de moi. Et elles goutent la peche cueillit 1h avant. Et ca, ca vaut tout.

  10. Élodie

    J’ai déjà fait pousser des tomates maintenant je les achète au marché (pas l’épicerie), de belles tomates cueillies le jour ou deux jours avant. Moins cher et succès assuré.

    J’ai des framboisiers et des plants de bleuets sur mon terrain, des fougères qui me fournissent des têtes de violon au printemps, de la bourrache, des topinambours et toutes ces plantes sont sans problèmes, ne demandent aucune attention et fournissent année après année. Les tomates, pfft!!!

  11. Barbara

    Bonjour,

    J’avoue que cet article m’étonne. Je jardine depuis 8 ans et, mis à part l’investissement initial pour les contours de bois et les tuteurs, de même que pour la terre et le compost pour remplir les carrés et également pour les outils, je ne vois pas où sont les dépenses excessives pour les années suivantes. Les semences, on les fait soi-même année après année ou on fait des échanges sur un site de partage de semences et le compost maison est très simple à produire. Le coin semis n’a pas nécessairement besoin de néons, à moins de vivre dans un endroit aussi sombre qu’une cave et avec toutes les informations sur le jardinage qui circulent sur internet, nul besoin d’acheter des livres de jardinage. Enfin, nul besoin, non plus, de système d’irrigation. Comme plusieurs autres jardiniers, je n’arrose les tomates que durant les deux semaines suivant la plantation, puis je ne les arrose plus. Mes plants me donnent chaque année une multitude de tomates savoureuses, dont la saveur n’est pas affadie par un surplus d’eau. Tout ça pour dire que oui, il y a moyen de jardiner de façon très économique et de sauver de précieux dollars en fruits et légumes bio. Pensons seulement aux poireaux, carottes, betteraves, oignons, ail, courgettes, poivrons, piments, etc, qu’il est facile de conserver, selon diverses méthodes, pour les mois d’hiver. C’est autant d’argent d’économisé sur ces précieuses denrées.

    • Bien sûr, ce billet — tout comme le livre qui l’a inspiré — était à prendre avec une bonne dose d’humour. Vous aurez remarqué que j’inclus le fait que je donne une grande partie de ma production dans mon déficit ;-)

      Cela dit, merci d’avoir pris la peine de témoigner de vos expériences en jardinage économique!

  12. Parlant de tomates, j’ai découvert un livre que j’ai dévoré (ha ha ha, j’aime mon jeux de mot…) Le titre est Tomates, écris par Serge Schall, des éditions Plume de carott. J’y ai appris vraiment beaucoup de choses, c’est super intéressant! On y raconte entre autre l’histoire des tomates, avec une dose d’humour. Je vous le conseil vraiment ;)

  13. Ha ha! Je n’ai tellement pas de mémoire (je blâme le Web et ma sur-utilisation des réseaux) que quand j’ai vu le titre du livre dans ton billet, je me suis dit: « Oh my god! Faut que je montre ça à mon chum qui me dit à chaque année qu’on devrait faire pousser des tomates! » (alors qu’il n’a aucun intérêt pour le jardinage). Tout ça pour me rendre compte 3 secondes plus tard que c’est moi qui t’avais parlé de ce livre!

    Et puis il y a ce panneau d’avertissement sur le bateau dont j’ai parlé sur Facebook cette semaine et dont tu avais déjà parlé sur Flickr (et que j’avais probablement vu). Je devrais peut-être m’inquiéter comme un certain personnage dans La Galère… :(

Soumettre un commentaire